Écrivaine: Sophia Ghoorchian
Rédacteur: Richard Zhu
Dans les débats, les discussions politiques et même la publicité, il est courant de recourir aux raisonnements trompeurs qui donnent l’illusion d’être logiques mais qui reposent sur des erreurs fondamentales. Voici quelques erreurs les plus fréquentes et la manière dont elles se manifestent dans la vie quotidienne.
- Détourner l’attention
Lorsqu’une question embarrassante ou difficile est posée, la personne interrogée choisit parfois de détourner l’attention plutôt que d’y répondre directement. Un exemple est qu’un homme politique questionné sur l’utilisation de ses fonds de campagne pourrait répondre en mentionnant un don particulier qu’il a apprécié parce qu’il était accompagné d’une jolie carte. Au lieu de traiter le sujet initial, il dirige la conversation vers un détail insignifiant.
- Répondre à la mauvaise question
Plutôt que d’aborder directement un problème, certaines personnes choisissent de répondre à une question différente qui est plus favorable. Par exemple, un dirigeant politique affirmant que l’augmentation des impôts est causée par l’immigration illégale évite ainsi de parler des véritables facteurs économiques qui influencent la fiscalité.
- Exagération absurde
Certains arguments reposent sur une simplification excessive qui rend une idée ridicule. Un exemple courant est le rejet de la théorie de l’évolution sous prétexte que « les humains ne sont pas des singes ». Cette déclaration ignore la complexité des concepts biologiques et déforme intentionnellement le sujet pour le rendre absurde.
- Déformer l’argument de l’opposition
Au lieu de répondre directement à une idée, certaines personnes la transforment en une version plus facile à attaquer. Par exemple, une personne qui propose de réduire des énergies fossiles pourrait être accusée de vouloir « ramener la société à l’âge de pierre », bien que ce ne soit pas du tout ce qu’elle ait suggéré.
- Confondre la corrélation et la causalité
Lorsqu’un événement suit un autre, il est tentant de conclure que le premier est la cause du deuxième, sans preuve indépendante. Par exemple, une personne pourrait penser qu’un porte-bonheur est responsable de sa réussite à un examen simplement parce qu’elle l’avait en main ce jour-là, alors qu’il n’existe aucun lien démontré entre les deux.
- Généralisation hâtive
L’arrivée des conclusions sur un groupe entier à partir de quelques exemples est une erreur fréquente. Si quelqu’un rencontre trois touristes impolis d’un certain pays et conclut que tous les habitants de ce pays sont grossiers, il commet une généralisation injustifiée. Ce type de raisonnement alimente souvent des préjugés, comme l’islamophobie.
- Faire appel à une autorité douteuse
Il est courant d’utiliser des figures non qualifiées pour donner du poids à un argument. Par exemple, certains étudiants suivent des conseils d’étude donnés par des influenceurs sur les réseaux sociaux plutôt que par des experts d’éducation ou des enseignants.
- Émotion plutôt que logique
Quand une personne tente d’influencer une décision en suscitant la pitié plutôt qu’en présentant des faits pertinents, elle cherche à détourner le raisonnement logique. Un accusé qui plaide son innocence en expliquant que ses enfants souffriraient s’il allait en prison n’apporte aucun élément de preuve sur sa culpabilité ou son innocence.
- Conclusion sans rapport avec l’argument
Parfois, la conclusion tirée d’un raisonnement n’a aucun lien logique avec les prémisses. L’impression que comme il y a des émeutes dans les rues, il faut interdire les rassemblements de plus de trois personnes, est une réponse illogique qui ne traite pas la cause réelle du problème.
- Comparaison bancale
Une analogie peut être un outil utile, mais encore faut-il qu’elle soit pertinente. Un exemple peut être : « Les voitures électriques sont comme les trottinettes électriques : elles ont toutes les deux une batterie et des roues, donc elles doivent être aussi lentes et inadaptées aux longs trajets ».
- Raisonnement circulaire
Un raisonnement peut sembler logique tout en tournant en rond. Par exemple, l’affirmation qu’un livre est bien écrit parce qu’il possède une belle prose revient à dire la même chose avec des mots différents. De même, le prétexte qu’un reportage est fiable parce qu’il provient d’une chaîne d’information réputée, et la justification que la réputation de la chaîne en disant qu’elle ne diffuse que des informations fiables, ils ne fournissent aucune preuve indépendante.
- Jouer sur l’ambiguïté
Certains arguments exploitent le double sens des mots pour manipuler l’auditoire. Un logement exigu qui est décrit comme « chaleureux » plutôt que « petit » peut créer une impression positive tout en dissimulant la réalité.
- Absence de preuve = preuve
L’affirmation qu’une chose est vraie simplement parce qu’elle n’a pas été prouvée fausse, ou inversement, est une erreur courante. Par exemple, certains affirment que des créatures mythologiques existent sous prétexte qu’on n’a pas prouvé le contraire, oubliant qu’une affirmation nécessite des preuves pour être validée.
- Fausse dichotomie
Une situation peut être présentée comme ayant uniquement deux solutions, alors qu’en réalité, plusieurs options existent. Dans les débats politiques, il est fréquent d’entendre qu’il faut choisir entre deux partis opposés, même si d’autres alternatives pourraient être envisagées.
Dans l’ensemble, les sophismes peuvent rendre un argument séduisant en apparence, mais ils reposent souvent sur des raisonnements trompeurs. Pour les éviter, il est essentiel de développer un esprit critique : analyser les sources d’information, vérifier les preuves avancées, et poser des questions sur la logique des arguments présentés. Une bonne argumentation repose sur la rigueur, la nuance et l’honnêteté intellectuelle, plutôt que sur des raccourcis fallacieux destinés à manipuler l’opinion.
Le vocabulaire:
- Pièges: traps
- Trompeur: misleading
- Détourner l’attention: diverting attention (aka red herring fallacy)
- Répondre à la mauvaise question: responding to the wrong question
- Impôts: taxes
- Exagération absurde: absurd exaggeration
- Déformer l’argument de l’autre: changing the argument
- L’âge de pierre: the stone age
- Confondre corrélation et causalité: confusing correlation and causation (aka post hoc fallacy)
- Porte-bonheur: good luck charm
- Généralisation hâtive: hasty generalization
- Faire appel à une autorité douteuse: appeal to doubtful authority
- Émotion plutôt que logique: appeal to emotion over logic
- Conclusion sans rapport avec l’argument: conclusion does not follow the argument (aka missing the point)
- Comparaison bancale: weak analogy
- Trottinette: scooter
- Raisonnement circulaire: circular reasoning (aka begging the question)
- Jouer sur l’ambiguïté: playing with ambiguity
- Absence de preuve = preuve: claim that an absence of proof is proof (aka appeal to ignorance)
- Fausse dichotomie: False dichotomy (aka either/or fallacy)